Pourquoi le boom des fictions télévisées françaises n’est « qu’un début » | Caractéristiques

Lorsque le dramaturge français David Elkaim était étudiant au département scénarisation de la célèbre école de cinéma française La Fémis au milieu des années 1990, il a demandé la permission d’écrire une bible de série plutôt que de développer un scénario de long métrage, comme c’était la norme pour le cours. .

« J’étais le premier étudiant à faire une telle demande, mais travailler à la télévision était considéré comme honteux à l’époque », raconte-t-il. « On m’a tapé sur les doigts et on m’a dit : « David, tu ne vas pas faire ça, c’est la télévision. Regardez vos camarades de classe, ils écrivent tous des scénarios de longs métrages.

Vingt-cinq ans plus tard, Elkaim dirige le cours de développement de séries télévisées de La Fémis avec son collègue scénariste Vincent Poymiro et le producteur et scénariste/créateur Xavier Matthieu. Il accueille cinq à neuf étudiants par an avec l’ambition de former des écrivains/créateurs capables de s’insérer dans des séries existantes ou de développer leurs propres projets.

Autre signe de l’évolution des mentalités françaises vis-à-vis de la fiction télévisée, tous les étudiants de La Fémis, quel que soit leur département, se voient désormais proposer en troisième année de développer un projet pilote de série, qui est ensuite présenté aux professionnels de la télévision et approfondi au travers d’un échange programme avec Columbia University School of the Arts à New York. La Fémis a également créé des formations TV pour les professionnels confirmés du cinéma.

« Nous n’essayons pas d’imposer la télévision aux étudiants en cinéma ; l’objectif est de favoriser les échanges », explique Nathalie Coste Cerdan, directrice générale de La Fémis, citant une ribambelle d’anciennes réalisatrices et scénaristes de cinéma qui ont travaillé à la télévision ces dernières années — Rebecca Zlotowski (Sauvages), Audrey Fouché (Borgia, Le retour), Deniz Gamze Ergüven (Le conte de la servante) et Claude Le Pape (Hippocrate).

En dehors de leurs rôles à La Fémis, Elkaim et Poymiro ont récemment pris des crédits de co-rédacteur en chef sur En Thérapie, le remake français de la série israélienne à succès de Nir Bergman En traitement, dirigé par Intouchables réalisateurs Eric Toledano et Olivier Nakache. Transposée au lendemain des attentats de Paris en 2015, elle a attiré un record de 40 millions de vues en lecture pour Arte en moins d’un mois ce printemps.

Ils collaborent également avec Matthieu, qui produit leur prochaine adaptation en français du thriller de l’écrivain américain Harlan Coben. Parti pour de bon pour Netflix. La série en cinq parties, mettant en vedette Finnegan Oldfield, Nicolas Duvauchelle, Guillaume Gouix et Garance Marillier, et réalisée par Juan Carlos Medina, devrait sortir plus tard cette année.

Travaillant sous la bannière de Calt Studio, les crédits de Matthieu incluent également la série policière à succès d’Arte Moloch. Olivier Gourmet incarne un psychiatre qui fait équipe avec une journaliste (Marine Vacth) pour enquêter sur une série de morts mystérieuses par immolation dans une ville balnéaire. Il a récemment été acquis par Disney+ pour la France, le diffuseur danois DR et Sundance Now d’AMC Networks pour le Royaume-Uni, les États-Unis et le Canada.

Succès mondial

En Thérapie

Lancé en Amérique du Nord le 10 juin, Moloch rejoint une vague croissante de séries télévisées françaises poursuivant une carrière internationale, dans le sillage de récents succès mondiaux tels que la comédie d’agence de talent Appelle mon agent! et gentleman cambrioleur câpres Lupin, avec Omar Sy.

« Ce n’est que le début », déclare Lionel Uzan, co-fondateur et PDG du groupe chez Federation Entertainment. La maison de production et de vente paneuropéenne basée à Paris a été à l’origine des premières exportations internationales de télévision française Le bureau ainsi que la première incursion de Netflix dans une série francophone Marseille, et vend En Thérapie. Uzan suggère que l’explosion mondiale du contenu – déclenchée par la prolifération des chaînes et des plateformes au pays et à l’étranger au cours de la dernière décennie et l’ouverture qui en résulte pour le contenu en langue étrangère – a libéré les professionnels travaillant sur la scène dramatique de la télévision française, comme ailleurs.

« Il y a eu un élargissement des lignes éditoriales. Il y a plus de place pour les drames historiques, la fantasy, l’horreur et la comédie, ce qui n’était pas le cas auparavant, aux côtés de genres populaires tels que les procédures policières et les thrillers policiers », dit-il. « Ils ont maintenant un marché plus vaste à exploiter et il est plus facile de se déplacer entre les plates-formes et les canaux – avant qu’il ne soit très cloisonné. C’est comme s’ils étaient coincés dans un tunnel étroit et maintenant le ciel est leur limite. Cela a accru les ambitions et la concurrence, et la qualité a également augmenté.

Ces développements ont encouragé Federation Entertainment à intensifier son engagement envers les productions locales, tout en continuant à produire et à vendre des émissions en anglais et des plats en langues étrangères d’autres territoires dramatiques en vogue tels que les pays nordiques et Israël.

La société a récemment annoncé une adaptation de bande dessinée Lucky Luke, avec Michaël Youn (Club de divorce) et visant « une sortie plateforme et des publics locaux », et l’adaptation par Dan Franck et Jérôme Salle du film d’Alexandre Dumas Le Comte de Monte-Cristo, qui a un fort potentiel international.

Commissions pionnières

Uzan cite Canal+ comme « un précurseur » et un acteur toujours majeur de la scène dramatique montante. Sa commission pionnière d’originaux du milieu des années 2000, sous la direction du réalisateur de longue date du drame Fabrice de la Patelliere, a débuté avec des succès tels que Spirale et Braquo. Netflix a également été « un accélérateur » et s’est entassé dans les séries francophones depuis l’ouverture de son hub parisien début 2020. Lupin, qui a été produit par Gaumont Television, les autres commissions de séries locales du streamer couvrent la comédie dramatique Affaire de famille, conte fantastique pour adolescents Mortels et comédie de rencontres dans la vingtaine Le plan de branchement. Les émissions à venir incluent Marrant, le nouveau spectacle de Appelle mon agent! créatrice Fanny Herrero.

« Il ne faut pas oublier Arte qui a aussi repoussé les limites, ajoute Uzan, alors que les diffuseurs traditionnels prennent eux aussi des risques.

HPI

La création de The Alliance, le partenariat de coproduction paneuropéen avec les allemands ZDF et les italiens Rai, a changé la donne pour France Télévisions, qui lui a permis de diriger des émissions ambitieuses telles que Germinal. TF1 monte le jeu avec des productions à gros budget dont des drames historiques Le feu de joie du destin et une procédure policière décalée en huit épisodes HPI. Avec Audrey Fleurot (Spirale) en femme de ménage devenue détective, HPI a attiré plus de 10 millions de téléspectateurs par épisode lors de sa diffusion ce printemps et est sur le radar des acheteurs internationaux.

« Il contient tous les éléments d’une procédure classique que les diffuseurs linéaires adorent, mais il y a aussi beaucoup d’humour mélangé à un scénario criminel fort », explique Leona Connell, qui a assumé le rôle de vice-présidente exécutive de la distribution de la société mère de TF1, Newen Connect. l’année dernière, après près d’une décennie à vendre des tarifs en anglais pour Sky Vision et NBCUniversal.

HPI n’est qu’un exemple de TF1 plus aventureux dans sa programmation, dit-elle, citant également son incursion dans une mini-série événementielle avec un drame policier en six parties La Promesse à partir de Spirale showrunner Anne Landois. « C’était un sacré départ pour TF1 et il y a une place pour ce genre de mini-série événementielle dans les grilles internationales », ajoute Connell.

De retour à La Fémis, Elkaim, Poymiro et Matthieu disent qu’il y a encore beaucoup de travail avant que la scène dramatique française puisse égaler celle du monde anglo-saxon. « Nous ne voulons pas simplement transposer ici l’esthétique et la figure de showrunner du modèle américain, ni élargir l’esthétique de la télévision française qui existe depuis 40 ans », explique Poymiro. « Nous voulons tirer les leçons de ce qui a été fait avec la dramaturgie télévisuelle dans le monde anglo-saxon au cours des 25 dernières années et l’adapter à l’écosystème français pour créer quelque chose de nouveau.

Le trio suggère cependant que l’héritage de la forte culture cinématographique française pourrait freiner son secteur dramatique. « Il reste cette idée du créateur comme démiurge inspiré, responsable de tout, comme un peintre avec son pinceau ou le poète [with] son poème », dit Poymiro. « C’est perçu comme une quête solitaire, mais faire une série est un travail collectif.

Pour que le secteur de la fiction française poursuive sa récente ascension, ajoute-t-il, ses créateurs doivent abandonner leur ego tandis que l’ensemble du secteur adopte un style «industriel» de production de séries qui n’empiète pas sur la qualité et l’originalité du résultat final.

«Ce que nous essayons d’inculquer à nos étudiants, c’est comment ils peuvent contribuer à chaque étape de la chaîne de fabrication, de manière efficace et optimisant les ressources, avec une véritable vision industrielle qui ne sacrifie pas le contenu», explique Poymiro.

Source de l’article : https://www.screendaily.com/features/why-the-french-tv-drama-boom-is-just-the-beginning/5160810.article

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